Antoine Villermont an Leo Thun
Namur, 8. August 1860
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Geschichtswissenschaften Frankreich Konservativismus

Monsieur le Comte

Monsieur le docteur Gindely, dont j'ai eu la visite à Bruxelles, m'a assuré que Votre Excellence voudrait lui accueillir l'hommage de mon livre sur Tilly1, à titre d'œuvre catholique en de tentative de lutte contre cette vaste conspiration historique, si éloquemment signalée par Joseph de Maistre. Je n'hésite donc pas à venir offrir ce respectueux hommage à Votre Excellence, et je remercie Sn. le docteur de Gindely en me donnant l'occasion de remplir une tourne, de me procurer par lui-même le compliment de l'indigne faveur dont a daigné m'honorer Sa Majesté Impériale et Royale apostolique en recueillant les prémisses de mon travail.
Français de naissance et d'éducation, j'ai longtemps partagé l'admiration générale pour la politique dite de Henri IV. et de Richelieu. L'étude m'en a fait singulièrement revenir, et le premier converti par mon propre ouvrage a été l'auteur. Au lieu d'une simple esquisse projetée dans un moment de loisir, j'ai ébauché une histoire, et à mesure que j'avançai cette vérité sous-présentée de plus en plus claire à mon esprit, que le grand pivot de l'histoire moderne est, non seulement dans cette déplorable guerre de trente ans ultisé [utilisé] par des mains étrangères et des haines parricides, qui a changé toutes les bases du droit international et préparé les misérables spectacles dont nous sommes les témoins, mais dans ces grandes figures catholiques de Ferdinand et de Tilly.
Seuls en effet dans cette mêlée effroyable de toutes les ambitions et de toutes les cupidités, ils combattaient pour la vérité et la liberté, seuls ils soutiennent avec la véritable et grande notion du devoir, celle du droit chrétien contre les mensonges des droits de l'homme, contre le droit payen [païen] inauguré par les légistes de la Réforme, et introduit à mains armées dans la vie du peuple par les princes révolutionnaires.
Aussi les pressions anticatholiques se sont-elles ruées avec fureur contre la mission de ces deux illustres personnages et par là même ils ont indigné le point où se devaient correspondre efforts des défenseurs de l'Église et de la vérité, ce qui est tout un. Le jour où la justice historique couronnera enfin la tête de Ferdinand et celle de Tilly de l'auréole de légitime gloire qui leur appartient, le jour où la vérité sur la guerre de 30 ans proféra dans l'éducation classique, le principe révolutionnaire aura reçu une mortelle blessure.
Dieu se charge en ce moment de nous instruire, car les esprits sont tellement troublés, les idées générales si cruellement perverties, la vérité si odieusement fautée aux [?], l'hypocrisie du despotisme révolutionnaire si révoltante et en même temps si fertile en dupes que les leçons ordinaires ne suffisent plus. Mais son action visible ne nous dispense pas de coopérer de nos faibles [?] de restauration de son église. L'époque actuelle a plus d'une analogie avec celle où vécurent Ferdinand et Tilly, et le prince magnanime qui a fait le concordat plus d'un trait de ressemblance avec son auguste aïeul. Dieu qui l'a éprouvé dans ses premières années lui réserve, sans nul doute, d'immenses compensations et un magnifique rôle. Puisse-t-il trouver son Tilly!
C'est le vœu que je lui ai humblement exprimé et j'ai pleine confiance qu'il sera exaucé.
Permettez-moi, Monsieur le comte, de la renouveler ici et pardonnez cette [?] sur le terrain brulant de l'actualité, à un royaliste incorrigible, qui, désolé et profondément humilié par les défaillances de plus en plus nombreuses du prince et du Roi, espère, pour l'honneur de sa foi et les [?] de les croyances de ses frères, en François Joseph.

Il ne me reste, Monsieur le comte, qu'à solliciter votre indulgence pour cette esquisse de préface au livre que j'ai l'honneur de vous adresser et de vous prier de vouloir bien agréer l'hommage de l'expression profondément respectueux, avec lesquels j'ai l'honneur d'être

de Votre Excellence

le très humble et très obéissant serviteur

Namur, 8. août 1860