Jean-Baptiste Pitra an Leo Thun
Wien, 12. September 1860
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Kultus Basilianer

Monsieur le Comte

Chaque jour rend tellement graves les circonstances où nous sommes que je me fais un devoir de ne pas occuper par un nouvel entretien les moments de Votre Excellence, consacrés à tant de sollicitudes. Il m'eut, et, je l'avoue, aussi agréable qu'honorable de rencontrer une fois de plus dans ma position aussi élevé et au milieu de préoccupations si grandes, ce rare intérêt, pour les questions monastiques, cette intelligente et bienveillante attention dont je garde un long et profond souvenir.
J'ose ajouter, Monsieur le Comte, que si plus tard et dans un temps plus opportun, Votre Excellence daignait se rappeler que j'ai recueilli sur les Basiliens beaucoup de notes et de documents qui pourraient n'être pas inutiles. Je serai heureux qu'une occasion s'offrit de les mettre à la disposition de Votre Excellence, autant que le permettra la discrétion confidentielle que je dois m'imposer.
C'est un point surtout que j'ai pu à peine aborder, bien qu'il me paraisse le plus important de tous. L'ordre de Saint-Basile, dont la constitution séculaire de l'Église grecque, est essentiellement hiérarchique. L'Episcopat en sort et lui doit en grande partie son prestige et le respect des peuples, en même temps qu'il peut et doit puissamment contribuer à la vie, à la force, à la splendeur de l'ordre. Cette harmonie a été rompue parmi nous. La rupture avec la hiérarchie et l'antagonisme du clergé séculier, telle est peut être la principale cause de la décadence de l'ordre Basilien.
Si la Providence permettait la création d'un nouveau siège de rite grec, si Vellehrad [Velehrad] devenait tôt ou tard, pour les slaves de ce rite épars dans la Moravie et la Bohème, non seulement une abbaye Basilienne mais une Église épiscopale, ce serait peut être une occasion décelable, selon l'esprit et la discipline de l'Église orientale une véritable hiérarchie Basilienne. Cette intéressante question mériterait alors une étude spéciale par laquelle je serais heureux l'humble et faible concours de mes recherches.
Mais je trouve, Monsieur le Comte, à ces choses tellement délicates que je n'oserai avancer, sans connaître les cries de l'autorité suprême en pareille matière et sans être spécialement autorisé à m'en occuper. Je prie Votre Excellence de vouloir bien considérer ceci et tout ce que j'ai eu l'honneur de lui dire et d'écrire, comme étant tout à fait personnel et privé, n'ayant aucun caractère officiel pour moi-même et n'étant appelé à faire ces recherches et à donner quelques explications confidentielles que pour un cas transitoire et exceptionnel.
En prenant congé de Votre Excellence et en lui renouvelant l'humble expression de la commune reconnaissance des Bénédictins de France, j'oserai recommander encore à votre bienveillante et généreuse attention la Bibliothèque de l'Abbaye de Solesmes. Si à la belle collection liturgique que j'ai eu l'honneur de recevoir du Ministre des Cultes de Sa Majesté impériale et royale, Son Excellence, le président de l'académie de sciences de Vienne daignait plus tard ajouter quelques unes de productions de cette [?], nous serions heureux de les joindre aux travaux des corps savants de l'Europe, que nous nous efforçons de réunir. Nous attacherions surtout une importance spéciale aux catalogues des manuscrits de l'Emprie [Empire] qui pourraient se publier, aux autres originaux des conciles, des Églises et des abbayes, et spécialement à la collection déjà considérable des sources de l'histoire d'Autriche.
J'ose espérer que Votre Excellence daignera pardonner tout ce qui a pu m'échapper d'indiscret, et agréer les profond et reconnaissant respect avec lequel j'ai l'honneur d'être

De Votre Excellence

Monsieur le Comte

Le très humble et obéissant serviteur
Y. B. Pitra de l'ordre de S. B.
à l'Abbaye de Solesmes (Sarthe) France

P.S. Qu'il me soit permis de rectifier ici un détail concernant les Basiliens dont la procure générale à Rome était attachée à l'Église des S.S. Serge et Bacchus.