Etienne Gallois an Leo Thun
Paris, 17. November 1851
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Österreich Frankreich Geschichtswissenschaften

Paris, le 17 novembre 1851

Monsieur le Ministre,

Veuillez me permettre d'appeler votre attention sur une publication composée de documents historiques dont une partie importante concerne l'histoire de l'Autriche. Cette publication, qui a pour titre "Lettres inédites des Feuquières" 1, tirées des papiers de famille de Madame la Duchesse Decazes et de Gluskbierg [Glücksbierg] et des Archives du Ministère des affaires étrangères, se rapporte à l'une des périodes les plus importantes de l'histoire de l'Europe, à la plus grande partie du XVIIe siècle, c'est-à-dire, à partir de la lutte du Cardinal de Richelieu contre la maison d'Autriche jusqu'à la fin de celle que Louis XIV soutint contre l'Europe et particulièrement contre l'Autriche.
MM. de Feuquières, de qui émane cette correspondance, étaient les uns ambassadeurs, les autres dans les armées, tous parfaitement informés des évènements. L'un d'eux, le Marquis Manassès Feuquières, fut envoyé avec des instructions très détaillés qui se trouvent dans ses lettres, par Louis XIII, en Allemagne, après la mort du roi de Suède Gustave Adolphe, comme ambassadeur d'abord et ensuite comme général chargé d'appuyer le duc Bernard de Saxe-Weimar. Il fut l'adversaire et ensuite le correspondant du célèbre Picholomini [Piccolomini]. Un autre, le marquis Isaac de Feuquières, fut ambassadeur extraordinaire en Suède alors que cette puissance jouait dans le nord le rôle de puissance prépondérante que prit depuis la Russie. Avec ce dernier étaient obligés de correspondre, pour le tenir au courant des évènements et de diriger sa conduite par leurs informations, les différents ministres et les généraux d'armée que la France entretenait en Allemagne. Dans cette dernière correspondance se trouvent renfermés une foule de documents qui intéressent l'histoire de l'Autriche à cette époque. On y rencontre le récit circonstancié des marches et contremarches de Turenne et de Montécuculli, ces deux habiles rivaux, et des détails qu'on chercherait vainement ailleurs sur la politique, sur les armées et sur la cour d'Autriche au XVIIe siècle.
Il me serait impossible, Monsieur le Ministre, en me renfermant dans les limites ordinaires d'une lettre, de vous présenter, même en résumé, l'analyse de tout à qui a rapport dans ma publication à votre histoire nationale. Je me bornerai à dire qu'il n'est pas un seul des cinq volumes dont elle se compose où il ne soit fait longuement mention de l'Autriche, et que, à part les lettres privées, elle intéresse presque autant l'histoire de votre pays que celle du nôtre, où elle a pris rang parmi les collections historiques les plus utiles. J'ose donc espérer, Monsieur le Ministre, que vous voudrez bien souscrire pour vos Bibliothèques publiques aux Lettres inédites des Feuquières2, qui se trouvent déjà dans les autres principales bibliothèques de l'Europe.3
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'hommage du respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, de votre Excellence,

Le très humble et très obéissant serviteur,
Etienne Gallois
Bibliothécaire adjoint au Palais du Luxembourg, Paris